Rencontre avec Sakina M’Sa

Chez Amahlé, nous aimons les femmes passionnés et engagées. Sakina M’Sa en est une. Créatrice du label Sakina M’Sa et fondatrice du concept store Front de Mode à Paris, elle milite pour une mode belle et responsable.

Fille d’ouvrier, le sujet du rôle de la mode dans le renforcement du tissu social lui tient à cœur. C’est ce lien qu’elle tisse à travers ses différents travaux. Sakina nous parle de ses convictions, de ses valeurs et de sa de la manière dont elle voit son métier de créatrice de mode.

Bonjour Sakina, peux-tu te décrire en quelques mots ? 

Je suis une créatrice de mode avant tout. J’aime les vêtements, j’ai une vraie obsession pour les matières et les volumes. Mes mots d’ordres sont authenticité et sincérité. Je pense que le plus important n’est pas de réussir à faire beaucoup de choses mais plutôt de réussir à les faire bien !

Comment devient-on créatrice, quel est ton parcours ? 

Très jeune, j’avais déjà envie de travailler dans la mode. J’ai fait une école de mode et je suis monté à Paris pour faire un stage. J’ai adoré cette ville, je suis resté et j’ai décidé d’y monter des ateliers. Je voulais faire de la mode différemment, lui redonner son sens en travaillant sur le lien entre le vêtement et le tissu social. J’ai fait des défilés sans mannequins, avec des personnes âgées, des filles du 93 !

Plus jeune, j’aimais l’idée d’être différente. J’ai eu une période punk. Quand tu es punk, les vêtements racontent ton identité. Les vêtements peuvent soit t’isoler soit te rapprocher. Les vêtements ont une vraie vocation sociale …

Une journée type pour toi ?

Ma journée commence vers 7h30, avec un petit déjeuner à côté de chez moi ou à l’atelier, à Barbès. Je passe une grande partie de ma journée à l’atelier, pour voir les nouvelles pièces. Je réagis sur les matières et les volumes. Je donne mes directives à l’équipe et je quitte l’atelier vers 16h. Ensuite direction la boutique Front de Mode. On a des rendez-vous tous les jours à 17h avec l’équipe, pour échanger sur différentes thématiques, faire le point et réfléchir à l’évolution de la boutique. Enfin, la journée se poursuit avec les rencontres de nouvelles marques ou de fournisseurs. Je n’ai pas d’heure limite !

Qu’est-ce que tu préfères dans ton travail ?

Il y a deux choses que j’aime particulièrement dans mon métier… La première c’est l’aspect stylisme, la recherche du vêtement. C’est quelque chose que je retrouve en ce moment après m’être concentrée plusieurs mois sur la boutique Front de Mode.

La deuxième, c’est la réflexion sur l’insertion, la dimension sociale qui se retrouve dans mes projets. La problématique de la réinsertion est vraiment très importante pour moi. J’ai notamment organisé un défilé en prison !

La ligne Blue s’inspire des bleus de travail, pourquoi cette idée ? Quel est ton message ? 

La ligne blue est un message adressé aux ouvriers comme mon père. Les ouvriers sont les gens de l’ombre qui font la lumière dans la société. Je voulais leur rendre hommage. J’ai donc travaillé le bleu de travail comme un leit motiv pour cette collection. On y retrouve des petits morceaux comme un talisman, ou des tissus entiers sur des pièces plus imposantes.

Comment as-tu pensé le concept store Front de Mode ?

L’idée était de faire de la mode éthique. Je voulais casser cet a priori qui consiste à penser que ce qui est éthique n’est pas beau et montrer la diversité des créations dans la mode éthique… On trouve une soixantaine de marques chez Front de mode, avec du prêt-à-porter bien sûr mais aussi des bijoux, du life style et des accessoires.

Comment choisis-tu les créateurs avec qui tu travailles ?

Ce qui compte en premier lieu, c’est le style ! Si on veut faire de la mode on doit faire attention au style car la mode est un métier de désir.  Si ce n’est pas beau, même si c’est fait dans une démarche de développement durable, ça ne se vendra pas.

Le deuxième critère, c’est l’aspect éthique. Nous vérifions l’engagement éthique des marques que nous sélectionnons. Je préfère suivre une marque qui a une démarche sincère et qui respecte au moins un des piliers du développement durable qu’une marque qui prétend répondre aux trois piliers et fait semblant.

Quels sont tes projets futurs ? 

Je travaille en ce moment sur ma nouvelle collection. Ce sera une collection d’accessoires mais je n’en dis pas plus … Je suis très impatiente de présenter cette collection !

Quel est ton plus beau souvenir ramené de voyage ?

Mon plus beau souvenir n’est pas un objet mais une personne ! J’étais à San Paolo pour un  projet et j’y ai rencontré Bethy Lagardère. C’est une femme extraordinaire et nous sommes devenues amies. Aujourd’hui encore, elle a une beauté et une fraîcheur que j’admire. J’ai eu la chance de la retrouver à Paris la semaine dernière. Je suis attachée aux femmes, elles sont extraordinaires et je pense que c’est très important de se soutenir et d’être bienveillante entre femmes.

Des modèles féminins qui t’inspirent ?

Oui, j’en ai plusieurs. Je pense à Angela Davis et Simone Veil. 

Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Le succès du Front de Mode 2.0 ! Nous sommes en pleine réflexion et le concept va évoluer dans les années à venir, toujours dans l’idée d’être la boutique du futur.

Est-ce que tu aurais des conseils à donner aux jeunes créateurs ?

Je leur dirai que le plus important, c’est d’avoir le bon produit. Ce n’est pas la peine de faire beaucoup de produits, de vouloir aller trop vite. Il faut y aller doucement, commencer par faire peu et bien. On peut démarrer par une capsule, la faire connaitre puis ensuite agrandir la famille avec des produits frères et sœurs au fur à mesure. Cela permet de vraiment réfléchir à sa collection et de ne pas être dans le gaspillage !

 

Pour en savoir plus sur Sakina M’Sa : sakinamsa.com

Retrouvez les bijoux Amahlé dans le concept store Front de Mode 42 rue Volta, 75 003 Paris.